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J'ai été au #TEDxCarthage pour sa première édition Imprimer E-mail
  
dimanche 26 septembre 2010 15:33
Samedi 25 septembre 2010 s'est tenue la première édition de TEDxCarthage  à la Cité des Science de Tunis entre 9h et 17h. Le TEDx est un évènement qui respecte la charte TED mais organisé indépendemment de TED

[TEDxCarthage logo by @Karim2k]
TEDxCarthage by @karim2k
 
Je vous livre dans les prochaines lignes mon compte-rendu subjectif.
 


Jaw-Breaking
tel est le qualificatif qui décrit certains talks de TED, des présentations qui m'ont, réellement, fait repenser à ma perception des choses de ce monde. TEDx a pour objectif de ramener ce moment partout dans le monde.
Une équipe de jeunes tunisiens s'est lancé dans l'aventure pour être les pionners nationaux dans ce domaine. C'est donc avec beaucoup d'espoir (et de réserve, paradoxalement) que je me suis inscrit pour assister au premier TEDxCarthage. La manifestation était placée sous le thème Success stories. Je suis donc parti pour entendre les récits du succès des 9 intervenants.

La journée a commencé par l'intervention de Zied M'hirsi. Ce médecin effectuait sa thèse de Global Health à Seattle quand Bill Gates a décidé de débloquer ses fonds caritatifs. Il a pu ainsi porter son expérience au sein de l'Association Tunisienne de lutte contre le sida à une échelle plus globale dans des missions à l'échelle mondiale dans des pays dévastés par ce mal : Côte d'Ivoire, Haïti,...
Trois idées ont retenu mon attention :
  • Quand l'adolescent prend sa première cigarette, il ne décide pas de le faire pour 40-50 ans. Moralité : les décisions qui changent notre quotidien se prennent par petits pas, il n'est nullement nécessaire de s'arrêter devant l'immensité de ce qu'on va entreprendre.
  • Lors d'un rapport non protégé entre deux personnes dont une seule est contaminée par le SIDA, les chances de transmissions sont de 0,0012/coït selon une étude qui date de 2004.
  • Joseph John a été sauvé par une tri-thérapie. Il continue sa vie moyennant un comprimé par jour (comme les diabétiques, les hypertendus et autres malades chroniques). Moralité : Il faut garder espoir et ne pas se laisser abattre.
Cependant, je lui reprocherais que l'optimisme de son message ne soit pas teinté par une once de responsabilisation.

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La deuxième intervention a été assurée par un professionnel de la communication : Nabil Karoui (M. Nessma). Au niveau de la forme, il n'y a rien à dire : il a réussi à captiver l'attention de son auditoire (je conseille tout le monde à voir sa présentation à cet effet.). Au niveau du fond, par contre, je n'ai pas aimé son message promotionnel. Pour lui, Nessma est le sauveur de notre culture et identité maghrébines des menaces orientales (Rotana, LBC,... ) et occidentales. Il va même jusqu'à comparer Nessma à la ligne à suivre entre les deux bancs de crocodiles qu'incarnent les conservateurs d'un côté et les modernistes de l'autre.
Il a cependant terminé son talk par une belle fable pour nous dire que quand l'amour entre dans un foyer, l'argent et le succès ne peuvent suivre... à bon entendeur. Que ceux qui ne trouvent pas celà pathétique nous le fassent savoir.

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La troisième intervention a été assurée par Badreddine Oueli, le PDG du groupe Vermeg Services. Dans son talk, il a commencé par retracer l'histoire économique de la Tunisie. Il souligne que la Tunisie, dans les années soixante, avait réussi à créer de l'emploi pour des gens non-qualifiés. Aujourd'hui, la Tunisie compte près de 4% d'étudiants, un chiffre proche de celui des pays de l'OCDE. Le défi est donc de créer de l'emploi pour des gens très qualifiés : des ingénieurs, des thésards,... Face à ce besoin, il conseille de nous focaliser sur nos points forts, à savoir la santé et la veille technologique. Il attire notre attention au fait que les métiers de la santé sont exercés avec, pratiquement, les mêmes paradigmes depuis 40 ans.

Dans une journée consacrée au succes stories, nous nous attendions à ce que cette introduction nous mène vers l'idée, l'intuition, l'impulsion derrière la création de Vermeg. Mais... on reste notre faim car cette introduction s'avère être le talk.

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Essma Ben Hmida est la quatrième intervenante. On pouvait lire comme titre sur ses diapos : "Think global, act local : from New York to Hay Ettadhamen"  Dans son speech, elle a commencé par parler de son expérience de vie. Sa frustration au sein des couloirs des Nations Unies suite à l'inactivité l'a faite agir. Elle a réalisé que ce n'est pas en parlant dans des réunions qui coutent des millions de dollars que l'humanité ira mieux. Elle a fondé ENDA, une association qui octroie des micro-crédit de développement. Aujourd'hui oeuvrant sur le monde arabe, ENDA s'est fait les dents en Tunisie, plus précisemment à Hay Ettadhamen. Défiant Marx qui dit que l'infrastructure socio-économique conditionne la 'superstructure' idéologique, ils ont investis dans ceux qu'on prenait pour des "pré-délinquants" : centre de formation professionnelles, structures d'assistance aux élèves en difficultés... et surtout l'octroi de micro-crédits pour des projets de développement. Aujourd'hui ENDA c'est plus de 600.000 crédits pour plus de 200.000 clients.

Le petit moins va à sa présence. Dommage que son regard qui préfère le sol baisse le niveau de ce qui aurait pu être la plus TED des vidéos.

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C'est Slim Amamou qui nous accueille post-déjeuner après le fiasco de Karkadan. Son intervention traite de la neutralité du web, sujet controversé qui fait long débat sur le net depuis quelques semaines. Il commence par nous présenter les plus belles oeuvres de Anonymous : rythmes musicaux, peintures dans la grotte de Lascaux, des inventions (chaise, marteau, roue...). Anonymous est le plus grand architecte de notre vie quotidienne. Il insiste sur son ubiquité qui lui confère un pouvoir de dédoublement. N'étant personne en particulier, anonymous est l'entité que peut incarner tout le monde à la fois. Un exemple : 4chan.org le forum où naissent memes et autres cultures du web. Dans ce forum, personne n'a de nom d'utilisateur tout le monde répond au pseudo Anonymous. Slim souligne qu'être "LE" anonyme est différent d'être anonyme en se cachant derrière un pseudo. Le pseudo est quelqu'un de particulier.

J'ai bien aimé la présentation. Elle a soulevé des questions intéressantes. Mais ma question est : quel est le rapport avec le thème de la journée ?

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La 6ème intervention visait à nous immerger dans les abysses de la Méditerranée avec Mohamed Ali Ben Temessek, océanologue. Dans son intervention, il nous a parlé de :
  • sa préoccupation de la détérioration de la méditerranée ;
  • les côtes qui reculent et avancent ;
  • la pénurie d'eau qui nous menace et les processus de dessalement ;
  • ....
Pourquoi? Je ne suis pas parvenu à le comprendre. Personne dans la salle non plus visiblement...

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La 7ème intervenant est Tarek Cheniti. Figure bien connue de la blogosphère tunisienne, il est là comme thésard de Oxford traitant de la gouvernance sur Internet. Il nous a rapporté son parcours en expliquant ses choix de chemins à chaque bifurcation. Il a parlé longuement de la dualité dans laquelle on tombe souvent dans les débat. Une dualité proche de la polarisation où on se trouve face à un choix entre deux extrêmes idéologiques qui conduisent à un débat stérile. Or, le but même d'une discussion est d'aller au delà de cette opposition pour construire une meilleure idée.

Une remarque en particulier ? non, non... ni en bien ni en mal.

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L'avant dernière intervention a été assurée par Olfa Youssef, directrice de la Bibliothèque Nationale de Tunisie. Elle a commencé son talk par poser une question : qu'est-ce que le succés? Est-ce une accumulation? Une accumulation de reconnaissance ? de savoir ? d'argent ? d'accomplissements ?
Pour elle le succès est plus personnel que celà. Le vrai succès est d'atteindre la paix intérieur. A fortes doses de spiritualité, elle a vendu à son public son image de succès basée sur l'altruisme dans les actes et l'égoisme dans l'évaluation. Le vrai succès, pour elle, est quand satisfaire sa conscience est le but ultime de nos actions.

J'ai personnellement bien aimé le déplacement de la problématique de "comment avoir du succès" à "qu'est-ce que le succès". Un regard différent qui nous pousse à réfléchir.

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La cloture a été assurée par la guest star Cyril Rimbaud. Il nous a parlé des territoires digitaux. Le web est une nouvelle culture ; ou plutot DE nouvelleS cultureS. Plusieus micro-sociétés y sont créés. Chacune de ces micro-sociétés a son propre language, ses propres codes, ses propres règles. Derrière chacune de ces micro-sociétés il y a eu un initiateur, une idée, une vision. Depuis, d'autres personnes, des architectes, ont pris le relais pour continuer dans la même voie ou dans une autre. Citons les exemples de wikipedia, les MMORPG, les forums...
Ces territoires digitaux, malgré leur côté virtuel, ont un impact sur notre quotiden qui est bien réel. Les millions de dollars que dégage Google annuellement sont bien palpables. On a donc, visiblement, un monde nouveau à explorer. Pour Cyril, la découverte de ce nouveau monde créera de nouveaux métiers : cartographes, sociologues... ça sera la renaissance des sciences humaines.

Comme Slim, son talk va ailleurs que le thème des Succes stories. Mais pour le 9ème talk de la journée, un sujet frais s'impose.

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En conclusion, je dois avouer que mes attentes, en matière d'interventions, était ailleurs. Ceci n'enlève rien à la qualité de ces speeches dans l'absolu.

Mais, ma plus grosse satisfaction va à l'équipe d'organisation. Ils ont réussi à importer un concept nouveau. Ils ont le mérite des pionniers, ceux qui croient en une idée et vont jusqu'au bout tandis que d'autres abandonnent en moitié de chemin. L'évènement était très bien organisé. Je n'ai jamais assisté à des talks aussi calmes, avec aussi peu de chuchotements. Les débats commencaient à l'heure.
Je voudrais aussi saluer Nizar Chaari qui a montré son grand de talent d'animateur. Ce n'est pas évident d'improviser pour meubler 30 minutes de pannes techniques.

Je me permets cependant d'émettre quelques critiques, histoire de faire de la prochaine édition un plus grand succès. La procédure d'inscription/confirmation était longue et sombre. On devait s'incscrire deux fois, pour recevoir des mails je ne sais quand. C'est le plus gros point noir de l'évènement. D'autres petites imperfections suivent. La sonorisation était légèrement mal géré : parfois trop fort, parfois pas assez. Il fallait aussi prévoir une double sortie avec écran étendu pour que l'auditoire n'ait pas à voir les petites icones et les trucs de contrôle.

En conclusion : bien joué les gars et à la prochaine. Qui sait qui l'organisera...


PS: Mes remerciements vont à @chaouka, @AhmedZairi et @souihli pour nos échanges lors du TEDxCarthage qui ont inspiré certaines de ces idées.

Texte republié ici
Last Updated ( samedi 24 mars 2012 19:28 )
 
Author Profile: Hassen BEN AYED

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